Face à la canicule historique : l’heure de la résilience à Saint-Mars-de-Coutais
Chères Saint-Marines, chers Saint-Marins,
La crise climatique n’est plus une lointaine modélisation pour les générations futures : elle est une réalité brutale que nous vivons de plein fouet et qui sanctionne encore plus les personnes déjà fragilisées. En ce début d’été 2026, notre commune de Saint-Mars-de-Coutais et l’ensemble de la Loire-Atlantique ont traversé un épisode de canicule historique que nous continuons à vivre, avec des températures atteignant 42,2°C à l’ombre le 24 Juin à Nantes. Le conseil municipal est pleinement mobilisé face à cette crise et reste à votre écoute par tous les canaux de communications. Face à une canicule dont les conséquences, notamment pour nos agriculteurs, horticulteurs et maraîchers, ne sont pas encore toutes connues, l’heure n’est plus aux débats d’opinion. Le dérèglement de notre climat est un fait scientifique et concret, que plus personne ne peut nier après un tel début d’été. Ce n’est pas une posture politique, c’est une réalité physique qui frappe nos exploitations agricoles, nos cours d’eau, la faune, la flore, nos foyers et qui aura très certainement un effet d’inflation sur les prix de notre alimentation. Notre devoir d’élus et de citoyens est de regarder les faits en face, de vous apporter un panorama complet de la situation et des constats, loin des clivages, afin de protéger notre territoire et d’assurer ensemble notre résilience collective.
Un bilan humain et sanitaire sans précédent
L’afflux de personnes souffrant des effets de la chaleur, notamment les plus fragiles, les plus âgées ou en situation de précarité énergétique, a soumis les services de secours et de santé à une pression inédite, dépassant les pics observés au plus fort de la crise du Covid-19 :
- Saturation des urgences : Le Samu de Loire-Atlantique a réceptionné un record absolu de 3 555 appels en une seule journée (contre un précédent record de 3 000 durant la pandémie de COVID-19), forçant le CHU de Nantes à déclencher son « Plan Blanc ». (Source : Ouest-France)
- Nuits tropicales et habitations surchauffées : À Nantes, la température nocturne a battu un record historique en atteignant 27,2°C au plus bas de la nuit. Un tel niveau n’a pas permis aux habitations de refroidir, maintenant des températures intérieures supérieures parfois à 30°C et créant un stress thermique continu. Les données font état d’une hausse tragique de 91 % des décès à domicile dans la région. (Source : France 3 Pays de la Loire). Derrière ces chiffres se cachent des drames, notamment liés à l’isolement ou à des situations de grande vulnérabilité, plusieurs personnes ayant été retrouvées sans vie à leur domicile. (Source : Ouest-France ; Sud Ouest)
Notre environnement et notre agriculture à genoux
La vie sauvage, nos filières alimentaires, nos agriculteurs paient le prix fort de ce blocage atmosphérique :
- Élevages décimés : Une surmortalité exceptionnelle a frappé la région. En Loire-Atlantique, 62 exploitations ont comptabilisé 342 tonnes de cadavres d’animaux. À l’échelle de l’Ouest, ce sont 6 500 tonnes de volailles qui ont péri par étouffement (Sources : Actu.fr ; Ouest-France). Face à cette tragédie, nous exprimons notre profonde empathie et notre soutien total à nos éleveurs, producteurs très durement éprouvés.
- Faune sauvage en détresse : Les centres de soins, comme le site Faunalis, ont été submergés par un afflux massif d’animaux sauvages, les obligeant à suspendre temporairement les prises en charge. Nous saluons le dévouement de ces bénévoles et les remercions chaleureusement pour leur combat.
- Catastrophe maraîchère : Nos producteurs locaux font face à des pertes historiques, allant pour exemple jusqu’à 70 % des récoltes de jeunes pousses et de mesclun sur certaines exploitations. La terre est sèche, compromettant l’alimentation du bétail et les réserves fourragères (Source : France 3).
- Asphyxie des milieux aquatiques et botulisme : Les eaux de surface (bassin de Grand-Lieu et Brière) ont dépassé les 30°C. Privée d’oxygène, l’eau stagnante a causé la mort de milliers de poissons et de nombreux oiseaux sauvages (Sources : Ouest-France 1 ; Ouest-France 2). Plus précisément, sur le lac de Grand-Lieu, la température de l’eau a atteint des niveaux particulièrement élevés. Dans la zone centrale, dépourvue de végétation mais mieux oxygénée, elle est montée jusqu’à 36,1°C. Dans les secteurs couverts de nénuphars, où l’eau est légèrement plus fraîche mais moins riche en oxygène, la température a tout de même atteint 32,2°C (source : SNPN – Réserve naturelle nationale du lac de Grand-Lieu). Pour rappel, à partir de 31°C, la température de l’eau peut devenir mortelle pour le brochet, selon le niveau d’oxygène disponible. Précisons aussi que, peu importe le niveau de l’eau, ces conditions de chaleur extrême induisant en plus une baisse d’oxygène dans l’eau favorisent les maladies infectieuses et la prolifération de bactéries pouvant induire des toxi-infections environnementales (botulisme, cyanobactéries). La hauteur ou le volume d’eau n’auraient malheureusement qu’une très faible incidence sur ce mécanisme biologique strict. En revanche, la qualité de l’eau est susceptible d’en amplifier les effets.
L’urgence de l’eau : le risque est réel à Saint-Mars-de-Coutais
En 2025, les projections estimaient qu’en Loire Atlantique les tensions majeures sur l’eau potable apparaîtraient vers 2035. La réalité de 2026 montre que nous y sommes déjà : plusieurs communes ont subi des difficultés et de courtes ruptures d’approvisionnement au robinet pendant cette période caniculaire (Source : Ouest-France).
À Saint-Mars-de-Coutais, ce risque a été très concret : les abonnés connus de la SAUR ont reçu une alerte de coupure imminente. Rappelons que pour l’ensemble du Pays de Retz, notre eau potable provient très majoritairement de la même usine de production (Basse-Goulaine). Le danger était immédiat et la demande en eau trop forte pour pouvoir remplir les châteaux d’eau. À nouveau, nous vous demandons de faire preuve de la plus grande sobriété dans votre consommation d’eau potable.
En période de canicule plus que jamais, l’eau potable au robinet n’est pas remplaçable par de l’eau en bouteille. Elle est indispensable pour faire baisser la température des corps, pour garantir l’hygiène et pour sauver nos élevages. C’est en effet aussi cette eau du réseau qui a permis de maintenir parfois une partie des animaux en vie grâce à des systèmes de brumisation (Source :Télénantes) ou l’arrosage de bâtiments pour faire descendre la température.
Pour parvenir à conserver une eau en quantité et qualité pour tous au robinet, l’effort doit être collectif. Chaque goutte compte, et nous ne pouvons plus tolérer la fermeture de captages à cause de pollutions. Il devient donc vital d’empêcher la fermeture de nouveaux captages et de reconquérir ceux qui sont fermés à cause de pollution aux pesticides. Il nous revient à tous d’assurer un fonctionnement irréprochable de nos stations d’épuration (STEP), d’interdire les molécules polluantes sur les aires de captage, de mettre aux normes nos assainissements individuels (ANC) tout en bannissant les produits cosmétiques ou ménagers non traitables et polluants.
Plan d’action et résilience pour Saint Mars de Coutais
Nous tenons à remercier chaleureusement l’ensemble des agents municipaux, les équipes éducatives, notre prestataire de restauration API, les bénévoles et les parents pour leur engagement. Grâce à l’installation d’un système de climatisation dans le théâtre et plusieurs classes des primaires sous la précédente municipalité, nos enfants ont été en partie protégés (dans les classes non climatisées, les températures ont atteint 34°C).
À l’échelle de notre commune, dès la rentrée de septembre, nous proposerons la création d’un groupe de réflexion et d’action municipale (agents, élus et citoyens volontaires) dédié à l’adaptabilité de nos bâtiments, de l’espace public et de soutien aux citoyens désireux de participer à l’adaptation et l’atténuation. Notre action au sein de la mairie sera sans doute perfectible. Mais soyez sûr que nous faisons et ferons de notre mieux en dépit des difficultés. Malgré un contexte budgétaire extrêmement tendu, un plan d’action pour la commune et un protocole pour les écoles sera proposé d’ici mai 2027 :
- Bâtiments publics : Achèvement de la climatisation de l’école publique et des structures d’accueil, obligatoirement couplée à des installations solaires pour en atténuer l’impact énergétique, systèmes d’ombrages, solution de repli thermique pour l’école privée (dans les locaux du périscolaire), ouverture de notre théâtre municipal climatisé à tous (déjà effectif). …
- Continuité des services : Protocole garantissant l’ouverture des services municipaux et des écoles, même au-delà de 40°C.
- Urbanisme : questionner le PLU, permettre de peindre en blanc les toitures de façon facilitée, toitures végétalisées, …
- Solidarité : Réseau de parrainage entre voisins pour veiller les uns sur les autres, groupes réseaux dédiés à l’entraide, au covoiturage,…
- Végétalisation : Accélération des plantations d’arbres et de haies (adaptés aux dérèglements climatiques) pour créer des îlots de fraîcheur, dégoudronner les espaces, anticiper la perte de notre flore, faune et biodiversité actuelle, création de jardins de résilience avec les enfants, …
- Sensibilisation / actions collectives : Accélération de l’information collective sur les éco-gestes individuels efficaces, groupement d’achats de panneaux solaires, ateliers citoyens de végétalisation, d’isolation, de jardinage résilient …
Agir à tous les niveaux et mobiliser l’État
À tous les niveaux où nous pourrons agir, nous le ferons sans dogmatisme, avec une exigence absolue : la protection de la santé, de l’environnement, de notre agriculture et de notre autonomie alimentaire. Nous allons saisir officiellement nos élus nationaux afin de les mobiliser avec urgence sur ces questions d’adaptation, d’atténuation et de financement face au péril climatique.
Rappelons qu’en période de canicule, l’accès à une eau en quantité et en qualité suffisantes est d’une nécessité absolue. Or, seules 11,3 % des masses d’eau des Pays de la Loire sont aujourd’hui en bon état écologique. Un chiffre qui s’effondre à 1 %, voire 2 % pour les plus optimistes, dans notre département de la Loire-Atlantique. Nous devons stocker et protéger l’eau de manière globale et intelligente majoritairement dans nos sols, mares, carrières,… pour la préserver de la chaleur. L’irrigation, pratique millénaire, doit impérativement être repensée pour être compatible avec l’avenir qui se profile et permettre le maximum de résilience aux milieux tout en garantissant notre souveraineté alimentaire. Nous devons être lucides : apporter simplement de l’eau ne suffira pas toujours, car nous avons constaté que même certaines cultures irriguées n’ont pas supporté l’intensité de la chaleur de cette dernière canicule. Pour autant, face à l’évaporation croissante et aux sécheresses extrêmes, il faudra aussi réussir à apporter davantage d’eau aux moments les plus critiques afin de préserver nos filières agricoles. Les solutions d’adaptation existent et d’autres restent à inventer : ce sont les agriculteurs qui les construiront, grâce à leur expérience, leur capacité d’innovation et leur connaissance du terrain. Notre responsabilité est de leur donner les moyens de les expérimenter, de les développer et de les mettre en œuvre. Sans un soutien massif à l’agriculture, cette adaptation indispensable au changement climatique ne pourra pas se faire.
La société doit donc investir collectivement pour aider nos producteurs à adapter leur modèle, moderniser nos réseaux d’assainissement (STEP, ANC) et sanctuariser nos ressources en eau potable contre toute contamination chimique ou organique. Les canicules de plus de 40°C et les nuits à plus de 27°C seront de plus en plus fréquentes et longues. Notre méthode sera claire : protéger la santé de tous, sans recul environnemental.
Pendant ces crises majeures, on y pense, mais on hésite parfois par pudeur. Ne laissons pas le doute s’installer : osons, tout simplement, pousser une porte ou passer un appel pour prendre des nouvelles d’un voisin fragile ou isolé. C’est aussi cela, faire bloc. Face à l’immensité du défi, nous ne subirons pas l’avenir : nous allons le bâtir, ensemble. Comme nous le rappelle avec sagesse le sociologue Edgar Morin : « L’espérance n’est pas une certitude, c’est une force pour agir. »
Choisissons cette force, choisissons l’action collective pour notre commune, pour nos enfants et pour les générations à venir !
Le Maire et le bureau municipal de Saint-Mars-de-Coutais



